vendredi 17 mai 2019

Désilusion

Je perds pieds, je m'effondre, je tombe dans un gouffre. Je ne sais plus quoi faire, je n'arrive plus à avancer. Je préfère m'enfermer dans le noir, me blottir dans un tout petit coin, j'ai besoin de disparaitre dans un trou de souris. Je suis par terre, pliée en deux, replier sur moi-même, je me cache. Mais qu'ai-je fait? Pourquoi? Ces mots tournent en boucle dans ma tête. J'entends Florian qui me demande de me relever, de m'assoir auprès de lui, mais je n'y arrive pas. J'ai trop peur de ce qu'il va m'annoncer, je préfère rester cacher, je suis bien dans mon coin. J'ai envie de me punir, du mal que je lui ai fait, du mal que j'ai fait aux enfants, du mal que je risque de leur infliger encore une fois. Mais qu'ai-je fait...



Mercredi soir :
Tout se passe bien. On se retrouve après deux jours et deux nuits séparés. On est bien, on est proche... On passe la soirée ensemble, on regarde Grey's anatomy. Il est minuit et demi, je lui dit que je vais me coucher, il est tard et je travaille demain. Il me répond qu'il veut jouer.  Je l'embrasse et lui souhaite bonne nuit. Je ne boude pas car cela ne me dérange pas. Je vais me coucher et je lis. Je finis mon livre. J'éteins la lumière. Là, je ressens un manque... Deux nuits sans lui, j'ai envie de dormir auprès de lui ce soir... Je tourne en rond, je n'arrive pas à m'endormir. Je me relève et m'installe dans le canapé avec lui. Je le laisse jouer et m'allonge. Seulement, au bout d'une demie heure, la fatigue me gagne et je commence à râler... Je me relève et retourne me coucher. J'espérais qu'il me suive, mais non... 

Jeudi matin :
Je me réveille en sursaut, il est 3h et je râle, encore. A 6h, le chat rentre dans la chambre, les volets sont ouverts dans la salle donc la lumière du jour me réveille. Je m'énerve car je n'ai dormi que 3h. Je le réveille et ma fatigue se transforme en colère que je déverse sur lui. Sauf que, j'ai oublié qu'il n'était pas du tout du matin. J'ai le malheur de lui faire remarquer qu'il ne s'est pas couché avec moi cette nuit, alors qu'on ne s'était pas vu pendant deux jours, je lui reproche de ne pas lui manquer...

Jeudi soir :
J'ai réfléchis toute la journée, je me suis de nouveau remise en question. Je sais que je suis chiante à tout calculer. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas été ensemble deux nuits, qu'il faut absolument l'être ensuite. Lui, il a eu besoin de jouer à ce moment là, c'est tout. En plus, sur le moment, je n'ai même pas mal réagi. Mais la fatigue m'a mise de mauvaise humeur.
Je rentre et ne l'agresse pas, je ne reviens pas sur la matinée, je l'embrasse et le prends dans mes bras.

Tout en faisant le diner, on discute et là, il m'annonce qu'il va devoir faire un prêt, qu'il ne peut pas payer ce mois ci. 

"Mais ne t'inquiète pas, ça va aller mieux, bientôt je ne paierais plus la maison de Longueville."

Gros blanc.

Je vois qu'il ne va pas bien.

"Qu'est ce qu'il y a?"
"Rien"
"Ba je vois bien que ça ne va pas, tu trembles! Dis le moi... Quoi, c'est parce que j'ai dit que je rendais la maison? Tu ne veux pas?"


Et oui c'était bien ça... Ainsi c'est enchainé de nouveau une discussion des plus alarmantes. Comme quoi il n'est pas sur, qu'il n'y arrive pas. J'entends ces mots mais je commence déjà à pleurer et à lâcher prise, je ne veux pas entendre ça, je veux qu'on se batte, je ne veux pas revenir en arrière. Je commence à m'enfermer dans mon coin.

Il vient, il essaye de me calmer mais il me dit qu'il s'est forcé pour me faire plaisir, pour les enfants mais qu'il n'a pas pris en compte ce qu'il voulait. Il aurait voulu que je garde la maison toute l'année, qu'on vive chacun de notre côté. Putain mais merde alors pourquoi?? Pourquoi as-til accepté que je donne mon prévis, que j'emménage des meubles, qu'on refasse la peinture? Pourquoi m'a-t-il dit qu'il faudra du temps mais qu'on a encore de belles choses à vivre? Je suis perdu, ça y est, je m'engouffre dans un torrent de larmes, je sombre, je tombe et il n'arrive pas à me remonter.

Je pense aux enfants, je ne veux pas qu'on revive séparé, ils vont souffrir, ne plus comprendre, non c'est impossible. Et moi non plus je ne comprends plus rien... Moi aussi je vais en souffrir...
Une heure s'écoule, mes larmes ne diminuent pas et je ne sens plus mon bras à force d'y enfoncer mes ongles... J'ai besoin de transformer cette douleur mental en douleur physique, il n'y a que ça qui me calme. Je finis par me relever, je sors de l'obscurité et je vais m'assoir à côté de lui. J'attends que la sentence tombe. Dois-je refaire mes cartons et annuler mon prévis?

"Bon écoute, voilà ce qu'on va faire. On reste comme ça. Tu m'entends? Tu ne repars pas à Longueville. Je croyais que ton préavis se terminait fin mai et j'ai eu peur... On s'est pris la tête trois fois en très peu de temps et je me suis dit que, ça y est, tu revenais alors que ça n'allait pas et je ne voulais pas que tu n'aies plus de logement. Pour le moment je ne sais pas si on peut toujours vivre ensemble... Donc gardes ton préavis jusqu'au bout et ne me demande plus de ramener tes meubles. Pour le moment, restons comme ça, jusqu'au 19 juillet. C'est aussi de ma faute, je suis désolé, j'aurai du te stopper mais je ne veux pas te faire souffrir et je n'ai encore pas penser à moi. Je continue comme avant, je pense à ce que tu vas ressentir. Quand je veux sortir, parfois je me prive car j'ai peur que tu ne sois pas bien. Je me force parfois à te prendre dans mes bras pour ne pas que tu souffres mais cela te fait encore plus de mal car tu sens mon malaise. Donc je vais faire des efforts et essayer de te dire plus souvent non quand je ne veux pas. Sans t'envoyer chier mais juste te dire que là ce n'est pas le moment, que je n'ai pas envie. Lorsqu'on se dispute comme ça, cela me renvoie tout ce que tu m'as dit avant de partir et tout remonte à la surface et là c'est dur... Comprends qu'on ne peut pas vivre comme ça, en se disputant sans arrêt, je ne veux pas. Donc là, on continue de vivre ensemble mais vis pour toi! Je vais faire ce que moi je veux, et je te dirai non. C'est là qu'on verra si tu m'acceptes comme je suis. Si tu n'y arrives pas, c'est simplement qu'on n'est pas fait pour vivre ensemble."

Je me calme. Je l'entends. Il a raison. Avant, il faisait tout ce que je voulais, il vivait pour moi et pas pour lui. Je pense que c'est aussi ce qui m"a éloigné de lui finalement... Je veux qu'il redevienne lui! Je veux aussi arrêter d'être constamment l'un sur l'autre. Je veux arrêter d'être une princesse capricieuse, j'aime l'adulte qui se réveille en moi. Il me faut juste du temps à moi aussi! On ne grandit pas en une nuit... Je lui dis tout cela, je le rassure, je l'aime comme il est et je ne me force pas! J'aime passer du temps seule ou avec mes enfants! Mais cela m'arrivera parfois de bouder encore, il ne doit pas se focaliser dessus! Ni sur nos disputes, mais sur les points positifs!

Il en est conscient et me répète que là, il a fait 10 pas en arrière car c'est un cumul de tout. Et il a peur. Mais il m'a dit qu'il ferait des efforts, qu'il voit que je me bats et qu'il allait se battre aussi.

"Je vais partir pour ce soir car je n'arrive plus à te regarder souffrir à cause de moi... Mais ne t'inquiètes pas stp. Manges, reposes toi, on se revoit demain. Là j'ai juste besoin d'oublier. Là je vais aller chez mon pote pour me changer les idées et je vais rester dormir là bas mais ne t'inquiètes pas. On se revoit demain"

Il m'embrasse sur le front. Puis me relève le menton et m'embrasse sur les lèvres. Puis il part...

Je ne reverse pas des torrents de larmes. Je fixe la table basse. Je réfléchis à tout ce qu'il vient de me dire. Il me demande simplement d'être nous-même. C'est ce que je fais mais je me transforme petit à petit. J'ai contrôlé nos deux vies pendant 10 ans, c'est pas facile de lacher le contrôle. Mais je vais y arriver! Il me faut juste du temps... Lui aussi doit découvrir la personne que je deviens, je veux juste qu'il me laisse la possibilité de lui montrer.

Je mange un peu puis je me couche de suite et je m'endors.

J'entends un bruit, il est 5h. J'entends la porte de la chambre s'ouvrir. Il est rentré! Il se couche et se blottit contre moi, sa main sur mon ventre. Je suis heureuse qu'il soit revenu...
A 7h, le réveil sonne, je me lève, les yeux tout gonflés. Une nouvelle journée commence.
 
Au boulot, je discute avec maman zaza et je l'écoute. J'aimerais tellement devenir comme elle. Je la prends comme modèle. Elle et son mari ne font pas les mêmes choses, ne regardent pas les mêmes programmes, ne se couchent pas forcément à la même heure. Cela ne les empêche pas de s'aimer. Je le sais et c'est ça que je veux! Je ne veux plus dépendre que de lui, j'ai apprécié mes moments de solitude! Je veux apprendre à être seule tout en étant avec lui. J'aime lire, peindre, écrire et je peux le faire tout en étant avec lui.

Je sais ce que je veux. Je le veux lui, je veux vivre avec lui et nos enfants.

Je ne veux plus que mes enfants souffrent, je ne veux plus être séparé de lui. Je ne veux plus être une gamine. Je veux grandir, laisser de la place à l'imprévu, ne plus prévoir. Je ne veux plus lui dire ce qu'il a à faire car cela me fatiguait. Je veux le laisser libre de ses actes.

Maintenant que je sais tout ça, je vais me battre encore plus fort. J'ai très peur mais je sais aussi qu'on peut y arriver. Comme me l'a fait remarquer ma meilleure amie au travers de cette chanson, je dois m'en donner les moyens...


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