samedi 13 avril 2019

La déclaration

Je n'étais pas censé le voir hier soir. Mais les enfants continuent de jouer les entremetteurs sans le vouloir!

Il est 22h, je m'endors sur le canapé devant "notre série". Je suis vraiment épuisée depuis une semaine, je ne tiens plus du tout le soir. Enfin, faut dire aussi que toutes les fois où je dors avec Florian, je ne me couche pas avant 1h ou 2h du matin!

"Allez les enfants, au lit, maman va y aller aussi!"
"Il est où le sac à nainains?"
"Et merde... Je l'ai oublié chez papa..."

Pourtant on l'a bien préparé ce matin! Mais j'avais tellement de sac que j'ai du l'oublier dans un coin.

Bon, je suis obligée d'appeler Florian pour qu'il nous les amène! Je lui téléphone. Heureusement, il vient juste de terminer le boulot et de rentrer à la maison. Il allait se faire à manger. Le pauvre, je culpabilise un peu de le faire déplacer à cette heure là, après le boulot. Il doit être fatigué et il n'a même pas mangé! Mais d'un autre côté, je suis aussi contente de savoir que je vais le voir.

Il arrive, il monte voir les enfants, leur fais un bisou/calin et redescend.

"Bon ba je vais y aller..."
"Déjà? Je n'ai même pas le droit à un calin?"
"Roooo, tout de suite, le droit... C'est pas un droit... Et si je vais t'en faire un!"
"Désolé, c'est juste que je veux être un peu dans tes bras..."

En fait, je n'ai plus envie de le laisser partir... C'est ça le problème. Si je ne le vois pas une journée ce n'est pas trop grave, mais s'il passe 10 minutes c'est plus dur. Quand il est là, je veux rester avec lui...

"Qu'est ce qu'il y a? Je le sens là que tu as quelque chose qui te dérange... Je te connais par coeur..."
"Non ça va, ne t'inquiètes pas, faut juste que je m'habitue c'est tout... Mais ça va aller"
"Pourquoi t'habituer?"
"Ba à ça, le fait de ne pas te voir tous les jours et aussi de faire mon sac, le défaire, le refaire, c'est un peu chiant..."
"Mais t'es pas obligé de faire un sac, laisse des affaires à la maison..."
"Oui mais il y a des choses que je suis bien obligé de ramener à chaque fois, enfin c'est chiant quoi..."
"Mais c'est juste un temps, laisse faire les choses, arrête de te prendre la tête, je veux pas que tu stresses... ça ne va pas durer 6 mois! Laisse moi juste finir ce que j'ai commencer, j'ai trop de choses à penser pour le moment donc je ne pourrais pas m'occuper bien de toi... Et si on revit ensemble tout de suite, j'ai peur que tu te sentes délaisser..."

On a eu une longue discussion... J'ai compris que ce n'était pas du tout parce qu'il n'était pas prêt qu'il voulait attendre. Il veut attendre juste parce qu'il a peur de ne pas bien s'occuper de moi! Il m'a avoué aussi avoir peur que nous reprenions là où nous nous étions arrêté... Qu'on se renferme sur nous et que l'on ne voit plus personne. Il veut que je m'habitue à son nouveau rythme de vie : si quelqu'un veut passer un soir, il passe.

"Mais bien sur mon coeur, cela ne me dérange pas de voir du monde! Moi aussi j'aime bien! Tant que ce n'est pas non plus TOUS les soirs! C'est pour ça aussi que je t'ai fait chier sur les dimanche! Au moins, si on est que tous les deux le dimanche soir, je suis sur qu'on se retrouve à ce moment là... Le reste du temps, on peut voir du monde!"
"Oui mais par exemple, demain soir, si j'invite mes copains, on va peut-être jouer à la console, je vais avoir l'impression de te laisser..."
"Mais ce n'est pas grave! Cela ne me dérange pas! Moi je peux lire ou écrire pendant ce temps là! Je ne suis pas vraiment seule vu que tu es présent! Et je te retrouve après, pour m'endormir dans tes bras..."
"Désolé, il faut aussi que je m'habitue à ta nouvelle façon d'être. Je vois bien tous les efforts que tu fais et tes changements et j'adore! Mais je vivais souvent pour toi, en pensant à toi, ce que tu allais ressentir... Il faut que je m'habitue à moins le faire... C'est pour ça aussi que je veux attendre, on doit s'habituer l'un à l'autre à nos changements." 

Puis on a parlé des enfants, de l'éducation... Je lui ai avoué, tout en pleurant, que j'étais désolée mais que j'étais fatiguée... Car en ce moment, j'ai les enfants tous les jours et cela me fatigue, je n'ai plus de moment pour moi...

"Mais ne sois pas désolée! Tu as le droit d'être fatiguée aussi! Il ne faut pas hésiter à me le dire!!!"
"Mais tu travailles tellement et tu veux te concentrer sur ton boulot, je le comprends très bien et je préfère te laisser tranquille et ne pas en rajouter une couche!"
"Mais moi, je préfère que tu me le dises! On s'est toujours tout dit, je préfères savoir quand quelque chose ne va pas! Et je peux prendre la relève aussi quand tu viens à la maison! Mais quand tu viens, tu ne peux pas t'en empêcher, tu t'occupes des enfants quand même, tu ne me laisses pas faire...."
"Oui je sais, mais je me suis habituée justement à tout gérer toute seule. Je te disais tout le temps fais ci fais ça... Je ne veux plus être comme ça. J'ai compris que si je voulais que les choses soient faites de telle manière, je devais les faire moi-même..."
"Oui mais du coup, tu ne me laisses pas m'occuper des enfants et cela te ferait du bien de lâcher prise... Tu peux prendre un bain ou lire pendant que je m'en occupe..."
"Je sais et c'est vraiment gentil... Je sais que je suis chiante... C'est juste que moi la semaine, je pense qu'ils ont besoin de sommeil et qu'ils doivent se coucher de bonne heure... Et je joue avec eux, je leur parle de leur journée. Toi tu es fatigué et je le comprends, mais du coup tu as tendance à les mettre devant la télé et les laisser sans leur parler... Et de les coucher à 21h..."
"Mais tu sais, c'est pas parce que tu fais de cette manière que je dois faire la même chose... Ils ne sont pas obligé de se comporter de la même façon avec maman et papa... Et ils ne sont pas malheureux, ne t'inquiètes pas je joue avec eux! Mais c'est vrai que je ne suis pas aussi fusionnel que toi! Et c'est bien aussi de les laisser jouer tout seul, on n'est pas obligé d'être constamment avec eux!"
"Je sais... Tu as raison, mais je culpabilise quand je ne m'en occupe pas, j'ai l'impression d'être une mauvaise mère..."
"Attends, tu es une très bonne mère! On est de bons parents! Et tout le monde le dit qu'ils sont adorables! Tu sais quoi, on va faire un compromis... Tu vas venir cette semaine à la maison et tu vas me laisser gérer et te détendre, au moins deux soirs dans la semaine... Tu me laisses faire à ma manière sans rien dire, sans intervenir... Ce n'est pas grave s'ils se couchent un peu plus tard une fois ou deux!"
"Oui par exemple le mardi vu qu'ils ne se lèvent pas le mercredi, et le jeudi vu que je suis à la zumba..."
"Voilà, par exemple... On doit juste trouver des compromis mais ne t'inquiètes pas, ça va le faire..."

Puis on discute encore pendant 1h... Le pauvre n'a même pas mangé! Je culpabilise encore une fois, j'ai l'impression de l'emmerder... Je n'ai pas envie que cela le repousse, qu'il prenne peur et qu'il ne veuille pas de moi... En plus, je me souviens très bien de ce qu'il m'a dit il y a deux mois... Qu'il a besoin d'une femme forte... Et moi je me mets à pleurer et à lui dire que je suis fatiguée! Alors je me mets à pleurer de nouveau et lui explique mes craintes...

"Mais non ma puce, tu ne m'as pas bien compris! Ce n'est pas du tout ce que je voulais dire! Ce n'est pas forte dans ce sens là... Ne t'inquiètes pas, je t'aime!!! Et je veux revivre avec toi! Comme je t'ai dit, c'est juste que j'ai trop de choses à gérer pour le moment... Je ne veux pas que tu te sentes délaisser. Je dois juste finir ce putain de chantier, et ensuite trouver un boulot stable et de pouvoir dire je suis routier! J'en ai marre de changer de métier, je suis un coup maçon, un coup couvreur... Je veux pouvoir me définir! J'ai commencé cette formation, je veux aller au bout et dire voilà je suis routier! Comme toi en fait... Toi tu as passé ton concours, tu as réussi et maintenant tu es cheffe! Tu t'es lancé, tu avais un objectif  et tu as réussi! C'est toi mon modèle! C'est toi qui me motive! C'est justement ça que j'aime chez toi! Tu es forte et réussi ce que tu entreprends! C'est toi mon moteur! Tu me donnes envie de réaliser ce que j'ai commencé... Tu es un modèle pour moi..."

J'en ai les larmes aux yeux... Il dit qu'il n'est pas romantique, il me dit souvent qu'il est comme son père, qu'il ne sait pas exprimer ses sentiments, que c'est un "bourrin". Il ne se rend pas compte de ce qu'il m'apporte rien qu'en me parlant comme ça!!! Me dire que je suis son modèle... Moi qui avait peur de ne plus être autant aimée... Il me prouve par ses mots que je n'ai aucune raison d'avoir peur.

Pas besoin de se mettre à genoux ou d'écrire des lettres d'amour pour être romantique! Pour moi ses mots étaient une magnifique déclaration...


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